Dichiarazione Erklärung Déclaration

Revendications de base
Déclaration
signature
liste du forum
actualités
En ce qui nous concerne

image: une femme s'exprime en langage des signes

image: une femme en fauteuil roulant surmonte une marche d'escalier pour entrer sur la terrasse d'un restaurant

image: une femme monte un escalier, conduite par un chien-guide

liens

email

Roger de Weck

«SONNTAGSZEITUNG», 31 mars 2002, page 5

Des bâtons dans les roues

Il découvre l’Amérique à la faveur d’un congrès : « C’est formidable, on peut aller partout en fauteuil roulant. On se croirait au paradis ». De retour en Suisse, il revient vite sur terre : non loin de chez lui, seul un magasin Coop et un restaurant sont accessibles. Un point, c’est tout. Prendre le tram ? Ne rêvons pas ! Rendre visite à des amis relève du tour de force. La plupart du temps, il doit se faire porter pour franchir les escaliers. Sa colonne vertébrale est fragile, et les bons samaritains improvisés lui font souvent mal sans le vouloir.

En 1990, sous la présidence de Bush père, Washington a décrété la « Loi sur les Américains handicapés » (Americans with Disabilites Act). En ce moment, la Confédération planche sur la « Loi sur l’élimination des inégalités frappant les personnes handicapées ». L’Amérique, pragmatique, est allée droit au but. La Suisse aligne péniblement articles et alinéas, en pensant surtout aux intérêts de l’Association des propriétaires, de l’Union des arts et métiers et de GastroSuisse. Le trio craint de devoir trop débourser pour adapter les logements, les magasins et les restaurants aux quelque 35'000 à 40'000 usagers de fauteuil roulant que compte la Suisse.

Le Conseil fédéral a mitonné une mauvaise loi, le Conseil des Etats n’a qu’empiré les choses. C’est maintenant au tour du Conseil national de mettre la main à la pâte, par l’intermédiaire de sa Commission de la sécurité sociale et de la santé. Son président, Toni Bortoluzzi, refuse d’aller jusqu’au bout de l’égalité, car il « ne veut pas surmener le peuple ».

Pour mon interlocuteur en fauteuil roulant, la vie doit-elle se borner à une succession d’expériences comme celle du dernier Jeudi Saint ? Il était allé au cinéma avec des amis. Ensuite, eux sont allés au café du coin pour boire un verre, il est retourné chez lui. Pas de toilettes adaptées dans les environs. Bien des personnes en fauteuil roulant ont des problèmes de vessie, lui aussi doit souvent faire un crochet aux toilettes.

Un détail banal, un petit détail. Or, la politique retrouve sa vraie grandeur lorsqu’elle n’oublie pas les détails. Si la « Loi sur l’élimination des inégalités » reste comme elle est, les inégalités subsisteront : les constructions anciennes (et les nouveaux immeubles d’habitation comptant jusqu’à huit logements) resteront interdites aux usagers de fauteuil roulant. C’est uniquement dans les cas rares où une rénovation coûte plus de 40 % de la valeur assurée de l’immeuble que le propriétaire doit penser aux personnes handicapées, leur faciliter l’accès – et la vie.

Mon interlocuteur en fauteuil roulant est bien renseigné : pratiquement tous les bâtiments peuvent être adaptés à peu de frais. Pour 5'000 francs, le cafetier du coin pourrait éliminer la marche à l’entrée de son établissement et transformer ses toilettes. En fin de compte un investissement, car les personnes handicapées sont aussi des clients.

Les organisations de personnes handicapées proposent que, pour toute rénovation, on envisage les améliorations économiquement acceptables. Et si le Conseil national les laisse tomber ? Elles n’ont pas dit leur dernier mot. Il n’y a pas si longtemps, elles ont récolte 120 455 signatures pour l’initiative « Droits égaux pour les personnes handicapées », et cette initiative populaire a toutes ses chances.

Sans compter que de nombreux citoyens et citoyennes n’oublieront pas ceux qui mettent des bâtons dans les roues des personnes en fauteuil roulant, qui désavantagent les désavantagés. N’oublions pas : 13,4 pour cent des femmes et 15,2 pour cent des hommes entre 25 et 69 ans sont physiquement handicapés ; 3 à 5 pour cent sont très limités dans leur mobilité. La prochaine fois qu’ils se rendront aux urnes, tous ces électeurs et leurs proches sauront pour qui voter - et pour qui ne pas voter.

Le journaliste Roger de Weck vit à Zurich et à Berlin. Il commente l’actualité chaque semaine pour l’hebdomadaire «SONNTAGSZEITUNG».

Traduction : Pro Infirmis, D. Naegel